31 octobre 2006
Elephants jaunes…
Chiang Mai est le point de départ des treks dans les montagnes environnantes. Mais je suis venu là pour voir mon frère, pas les montagnes ! ☺ Alors pendant qu’il s’entraîne, je dors, et quand il termine, je l’empêche de dormir et l’emmène à la rencontre des éléphants. Dans un elephant camp. Impressionnant tout ce qu’on peut apprendre à un pachyderme. Leurs yeux sont si expressifs ! Jouer au foot, mettre un chapeau sur la tête de quelqu’un, jouer de l’harmonica en dansant et en faisant tourner sa trompe, et même peindre !
Et les bébés… trop mignons les bébés, qui marchent à la queue leu leu, attrapant la queue de celui qui les précède avec leur trompe, comme dans le Livre de la Jungle.
Après l’entraînement de l’après-midi (et 4 km dans la montagne courus et sprintés en guise d’échauffement avec mon frère, c’est dîner avec des gens du camp de boxe, puis marché de nuit très local : personne ne parle anglais, des insectes grillés se mangent à l’apéritif, et je comprends maintenant pourquoi ici aussi les Thaïs sont trop fashion. Des stands de fripes à perte de vue : jeans, baskets vintage… magnifiques et pour trois fois rien. C’est ici que finissent beaucoup de vêtements donnés aux bonnes œuvres par les Américains.
Les jeunes Thaïs sont bien habillés, et les vieux sont tous de jaune vêtus (et non pas TOUT de jaune vêtus, subtile nuance ;-) : les polos ou t-shirts louant le roi sont ultra populaires partout en Thaïlande et presque tout le monde en porte… à moins qu’il n’y ait une fête spéciale en ce moment… Mais non, l’anniv du roi, c’est le 5 décembre (et celui de la reine, c’est en août). C’est cool quand même de fêter son anniversaire avec 62 millions de personnes, non ? Vivement que je sois roi !;-)
(et fort heureusement, pas de folie commerciale halloweenesque dans la province thaïlandaise…)
30 octobre 2006
Gants et Gallanga*
Charles est là pour la boxe (thaïe, isn’t it obvious ?). Pour s’entraîner, deux fois par jour : 6h30-9h30, et 16h-19h. Le camp est un espace assez vaste au sol bétonné et au toit de tôle. Deux rings, des poids, des sacs. De la fonte. Quelques Thaïs, beaucoup d’Occidentaux. (Le camp est un des seuls à posséder un site internet, forcément, ça attire). Pas mal de filles. Musique et sueur.
Ceux qui sont là restent en général longtemps : quelques mois, quelques années. Ils se cherchent ? Ils se trouvent, même, peut-être. No idea. Charles est là pour une semaine seulement, mais il est ultra motivé. Boxe bien, mon frère…
Mais je ne boxe pas, moi. Trop violent. Je ne suis pas assez fort (ai-je envie de l’être ?). Alors je me suis inscrit à un cours…. de cuisine thaïe !!! C’est toujours mieux que le cours de finance auquel j’aurais dû assister aujourd’hui ;-) Au programme : marché
(il existe tellement de sortes de riz différentes!), et cuisine dans une ferme située à l’extérieur de Chiang Mai. Au menu : pad thai, spring rolls, chicken coconut curry, tom yam soup, poulet aux noix de cajou, et en dessert… sticky rice with mango ! Trop bon. Avec en prime de sympathiques rencontres… Chacun ses ingrédients, sa cuisinière, son wok, et c’est parti ! Les
deux profs nous montrent comment faire, et puis à nous de jouer… et de manger, après chaque plat ! C’est délicieux, et tellement facile (mais peut-être aussi est-ce parce qu’on nous montre comment faire). En tout cas, en rentrant, c’est décidé, je cuisine thaï !
Un des avantages de ce genre de cours, ce sont les rencontres. Du monde entier, des parcous complètement différents. Une Anglaise de 30 ans qui voyage depuis 11 mois. Une Canadienne de 28 ans qui a tout plaqué du jour au lendemain pour partir en Australie (« You just know when you need to go »). Un Allemand banquier d’affaires, échappé de son monde entre deux jobs. Une Néerlandaise partie un an, revenue chez elle trois mois, puis repartie dès qu’elle a pu… Partir, fuir, voyager, s’évader… pour découvrir, réfléchir, se chercher, rencontrer… Des gens qui vivent au jour le jour, sans savoir où ils seront dans un an, dans un mois, dans une semaine, ou même demain. Pourquoi stresser ? Enrichissantes rencontres…
*Le gallanga est une sorte de gingembre thaï, qui donne un goût excellent aux soupes d’ici.
29 octobre 2006
Douceur de vivre provinciale…
Chiang Mai est une ville de province. Et en venant de Bangkok, ça se voit. Un peu comme en France. Paris et le désert français. Je ne remercierai jamais assez Jean-François Gravier pour cette expression que j’aime tant et qui horripile les « provinciaux ». Revenons en Thaïlande. A Chiang Mai, peu de hauts buildings. Une vieille ville en forme de carré délimité par des douves, et des avenues qui n’ont pas l’air d’autoroutes. La circulation est certes moins dense qu’à Bangkok mais elle est assez chargée tout de même. Une ville agréable.
Première expérience à moto. Je veux dire : conduire un moto. Ma mère nous a toujours dit qu nous n’aurions jamais de 2 roues tant qu’elle sera vivante. « Quand je serai à Pantin, vous ferez ce que vous voudrez ». Bon, mais là, c’était soit ça, soit on restait perdus dans la banlieue de Chiang Mai, où se trouve le camp de boxe de mon frère. Ah oui, parce que je ne l’ai pas encore dit je crois, mais le but premier du voyage de mon frère en Thaïlande, c’est la boxe. S’entraîner ici une semaine, pour voir si ça lui plaît. Et s’il reviendra.
Les deux roues, c’est dangereux. Tu nous l’as assez répété, Maman, et je dois avouer que tu as raison. J’ai eu très peur. Mais rien de grave, rassure toi. Il faut dire que la moto, la conduite à gauche et Chiang Mai, ça fait beaucoup de premières fois en même temps. Mais on a été prudents, et on a rendus la moto le soir-même.
Chiang Mai n’est pas une « belle ville ». Il n’y a pas grand chose à voir. Mais c’est une ville agréable, si on sait prendre son temps. Je n’ai aucune idée de pourquoi ça m’a fait penser à Grenoble. Aucun rapport, pourtant. Une association bête. Peut-être parce que c’est la ville de province que je connais le moins mal. Peut-être parce que je viens de terminer l’excellent « Trois jours chez ma mère », de François Weyergans, et qu’il y parle de Grenoble (« C’était la ville natale de Stendhal qui s’était empressé de la quitter à 16 ans et qui écrivait encore à 50 ans : « Je hais Grenoble ». ») Moi j’aime bien Grenoble ☺
Le dimanche soir, à Chiang Mai, c’est le Sunday Market. Une immense foire à l’intérieur de la vieille ville, où l’on trouve toutes sortes d’objets issus de l’artisanat des régions environnantes. Le Nord de la Thaïlande est réputé pour son artisanat, et force est de constater encore une fois que les Thaïs ont du goût.
Achats, rencontres, découvertes. Et un dessert local fantastique : le sticky rice with mango (merci Clarissita de m’en avoir tant parlé avant !)…
28 octobre 2006
Des croissants, des touristes et Chatuchak
Le réveil sonne tôt mais se fait facile dans le magnifique « appartement » d’une nuit ( « executive residence », ça se traduit « appart-hôtel », non ?) au 20ème étage du Naturalville. (Merci Eric !). D’autant plus facile à vrai dire que le petit déj est servi dans le Café Lenôtre qui se partage le rez-de-chaussée avec la réception. Oui oui, un Café Lenôtre. Avec des croissants de chez Lenôtre. Quatre mois que je n’avais plus goûté un (bon) croissant ! Parce que les croissants, à l’étranger, c’est vraiment pas l’extase. (Et ça me fera toujours repasser par la case France.) En tout cas ceux-là étaient délicieux, il faudrait dire au groupe Accor d’exporter son concept dans plus de pays…
Bateau-taxi sur le fleuve jusqu’au Palais royal, riche et luxueux, assailli par mes amis les touristes chinois. Ce qu’il y a « à voir » à part l’architecture singulière et les toits dorés, c’est une petite statue de Bouddha en jade, pour laquelle un autel et un temple magnifiques ont été bâtis dans l’enceinte qui jouxte le Palais : Wat Phra Keo.
Tour le lieu bourdonne de touristes et des Japonaises décident de nous prendre en photo, Charles et moi : « Handsome boy, handsome boy ! » On fait aussi parti des attractions touristiques, alors ?;-) « Aligato ! »
Petite virée shopping à Chatuchak, le grand, l’immense marché du week-end de Bangkok. Un bric-à-brac géant, des antiquités (trouvé de magnifiques photos de famille thaïes des années 60), des fruits, des souvenirs, des vêtements. Trop stylés, les Thaïs. Envie de tout acheter. Parfois heureusement freinés par les tailles uniques : ils sont stylés, les Thaïs, mais un peu plus petits que nous quand même !;-) Heureusement freinés par le temps en tout cas : déjà il faut repartir à l’aéroport pour Chiang Mai !
27 octobre 2006
Retrouvailles à Bangkok (sur un air de Paris)
Mon frère rêvait de Thaïlande. Voilà qui est fait. Arrivés à la même heure, lui en provenance de Paris via Francfort, moi de Singapour. Le nouvel aéroport de Bangkok est plein de peintures locales et originales… Ca fait du bien de te revoir, bro’ !
Bangkok est une ville tentaculaire, qui s’étales, prend ses aises, mais par là-même aime trop le béton et la circulation. Embouteillage sur embouteillage, c’est rageant. Encore plus quand six taxis de suite refusent de nous prendre. Et quand enfin un chauffeur accepte, c’est pour mieux poireauter dans les bouchons. Ne conduisant plus depuis quatre mois (déjà !), j’avais oublié l’horreur des bouchons. L’atrocité du sur-place. La misère de l’impuissance. L’inutilité de l’impatience. Et la haine du temps perdu, toujours… Mais du calme, c’est les vacances ! (enfin, le week-end…) Et j’ai retrouvé mon cher petit frère adoré (avec qui on nous prend toujours pour des jumeaux, merci pour mes quatre années de plus).
Après un déjeuner thaï et tardif au milieu d’une cour plantée de manguiers, nous découvrons Bangkok et ses marchés du soir, marchés de nuit. Un petit tour en haut de la plus haute tour de Bangkok (et même de Thaïlande – à peu près la même taille que la tour Eiffel). Littéralement : le 84ème étage est une plateforme en extérieur qui tourne sur elle-même et offre un panorama impressionnant (révolutionnaire ! (sic)) de la capitale thaïe. Quasi seuls, au sommet de l’une des principales attractions touristiques de l’un des pays les plus touristiques, c’est assez étrange. Mais agréable. Un peu comme si on se retrouvait seuls au 3ème étage de la Tour Eiffet. Ce qui, je pense, est impossible. Et on a même droit à un verre, au bar du 83ème…
Le Routard (dont je ne raffole pas mais qui parfois s’avère bien utile) précise que venir à Bangkok sans flâner dans les rues de Patpong la nuit revient à venir à Paris sans voir la Tour Eiffel. (Comme si la Tour Eiffel était l’essence de Paris. La voir briller suffit, non ? Est-il vraiment nécessaire d’y monter ? En bon Parisien, je ne l’ai fait qu’à deux ou trois reprises, en faisant visiter ma ville à des amis de l’étranger. Bref.) Patpong, en tuk tuk. Patpong, c’est le Pigalle local. En plus trash. Remarquez, Pigalle est également un quartier très prisé par les touristes, chose que je n’ai jamais réellement comprise. Anyway. Patpong,
donc, et ses rabatteurs qui nous rabâchent les oreilles à force de nous proposer leurs « ping pong shows ». Non, non et non, merci, ça ne nous intéresse pas, on est en famille, ça se voit pas, que c’est mon petit frère ? Ah ben non… Le sexe, ça attire les touristes, et les touristes ça attire les vendeurs de souvenirs. Donc un marché de nuit, encore. Encore quelques achats avant d’aller s’endormir devant un DVD ( Friends with money, et c’est pas mal du tout).
Un vêtement qui dort est un vêtement mort (surtout à Singapour)
C'est pas moi qui le dit, c'est écrit:-) Une photo retrouvée en faisant du tri dans les 11514 photos de mon iPhoto (trop, beaucoup trop), probablement prise dans la vitrine d'un pressing au détour d'une promenade dans les rues de Paris. Et malheureusement je crois avoir une fâcheuse tendance à trop laisser dormir certains de mes vêtements... A Singap, mieux vaut ne pas laisser trop longtemps ses vêtements au fond des placards, car la moisissure vient rapidement faire un tour pour voir si elle ne trouve rien à se mettre... Non, ne mourrez pas!!!
En partance pour Changi, encore une fois l'aéroport... Au programme Bangkok puis Chiang Mai mais surtout: mon frère!!! Trop content de te voir, Bro, je trépigne d'impatience!!! A dans quelques heures...
26 octobre 2006
La putain...
"Nous habitions en face d'elle
Dans le quartier Saint-Louis
Elle habitait, je me rappelle,
Aux environs de minuit..."
Cette chanson, comme toutes celles de Reggiani, me rappelle mon enfance. Les cassettes qu'on écoutait en boucle dans la voiture de mes parents. Et là, en voyant une "fleur de pavée" (j'aime la poésie de cette expression!:-) faire le pied de grue pile en face de ma fenêtre, automatiquement les paroles ma viennent en tête. "La P... points de suspension..."
Le quartier dans lequel j'habite à Singapour s'appelle Geylang. Et Geylang, c'est un peu le Pigalle local. Ce qui fait qu'à chaque fois que je prends un taxi pour rentrer chez moi le soir (et globalement je ne prends des taxis que le soir), le chauffeur me regarde dans son rétroviseur avec un petit sourire complice, voire un clin d'oeil, quand je lui annonce ma destination. Le truc, c'est que je ne vois pratiquement jamais de "travailleuses du sexe" dans ma rue, elles seraient deux rues plus loin apparemment. Certes, le petit hôtel qui se situe juste en face de ma fenêtre connaît un va-et-vient permanent tout au long de la journée, qui ne laisse pas de doutes quant à la nature des activités qui s'y déroulent, et les négociations avec les clients sont parfois âpres sur le pas de l'hôtel (cf photo), mais bon... Aujourd'hui, j'ai vu "ma première" ... Dans ma rue et depuis ma fenêtre... D'où la chanson... Merci M. Reggiani!
"Posée comme une contrebasse
Dans les bras d'un artiste
Elle avait l'air de faire des passes
Dans une chanson réaliste..."
25 octobre 2006
Haze and rain and Japanese Film Festival
Le problème de ces feux de forêts qui n'en finissent pas sur Sumatra, c'est que le ciel n'a plus été bleu à Singapour depuis plusieurs semaines, ce qui est plutôt déprimant. Ne pas voir le bleu du ciel a un fort pouvoir sur le moral, ne dit-on pas d'ailleurs avec raison que le soleil rend les gens plus heureux? Alors là, avec cette fumée qui voile le ciel en plus de polluer l'atmosphère, le ciel est gris, gris et regris. Ce qui a également l'inconvénient de ne pas laisser prévoir la pluie (puisque forcément, à travers la fumée on ne voit pas les nuages).
Or à Singapour, les averses sont violentes. Donc sans parapluie...
Alors quand il pleut, on va en cours (oui je sais, on y va tout le temps normalement:-). Et après, on va au ciné. Hier soir, Japanese Film Festival, dans le magnifique National Museum of Singapore. Après le French Film Festival il y a deux semaines, le European Union Film Festival la semaine dernière et avant le German Film Festival dans une semaine, on est en plein dans le festival du film japonais, qui a pour thème l'amitié (pour fêter les 40 ans de l'amitié singapouro-japonaise). Franchement, rien à redire sur la vie culturelle cinématographique à Singap.
Hier soir donc, "Free and Easy Special Version", (en japonais Tsuri-Baka Nisshi special), un film...spécial on va dire! Sur un patron et son employé, fans de pêche, et le patron a une liaison avec la femme de son employé... bref, du comique de situation à la japonaise, ce qui fait beaucoup rire les Singapouriens en tout cas. Moi moins... mais la fatigue y est peut-être aussi pour quelque chose: allez, au dodo!!!
23 octobre 2006
Devoir de mémoire khmer
La journée commence par une brève visite guidée du Palais Royal et de la Pagode d'Argent. Une architecture particulière. Un petit pavillon d'acier et de verre offert par Napoléon III et qui m'a inévitablement fait penser à la verrière Eiffel du lycée Carnot. Des bouddhas partout, en or, en bronze, en pierres précieuses, et des fresques hindouistes: le roi possède les deux religions. Dans un des pavillons qui composent le Palais royal, des présents sont disposés pour les moines bouddhistes qui aujourd'hui sortent d'une période de méditation de trois mois durant laquelle ils n'ont pas quitté leurs pagodes. De l'espace et du faste au milieu de Phnom Penh la misérable: c'est le Palais royal après tout...
Tuol Sleng et Choeung Ek. Deux noms qui ne parlent pas à beaucoup de monde... et pourtant! Ce sont les deux composantes de l'office S-21, marcabre organisation de la capitale pendant la période Khmer rouge.
Tuol Sleng est une ancienne école reconvertie en centre de torture en plein milieu de Phnom Penh. Des centaines de prisonniers étaient "interrogés". Sur les milliers qui sont passés par là, sept ont survécu. Sur les murs, des photos, des portraits de détenus: le maniaque directeur du centre a pris en photo chacun d'entre eux. La visite est émouvante et solennelle.
Choeung Ek, surnommé "The killing fields", est un camp d'extermination situé à une quinzaine de kilomètres de PP. Les victimes étaient amenées là par camion pour être exécutées sur le champ. 129 charniers. 8000 crânes empilés dans un stupa érigé en leur mémoire. Hommes, femmes, enfants. Sous le soleil déclinant, dans la campagne cambodgienne, l'endroit paraîtrait presque bucolique. Et c'est ça, l'horreur. Le petit fascicule fournit à l'entrée donne la liste des "Choses horribles à regarder", et suggère comme "activité à faire" de "prendre des photos de souvenir avec le personnel du musée" ou d'"acheter des souvenirs au petit magasin"...
J'ai longtemps hésité avant de prendre une photo des crânes. Par respect. Parce que je me suis demandé si c'était du voyeurisme morbide. Mais le devoir de mémoire doit l'emporter. Trop important devoir de mémoire auquel nous sommes plus concernés que les autres, même si a priori rien ne nous rattache au peuple cambodgien. L'unique et éternelle question: pourquoi? Aujourd"hui, les tortionnaires de l'époque ont entre 40 et 50 ans, et vivent tranquillement. Gamins à l'époque, ivres d'une violence qu'on leur avait inculquée. Peut-on reprendre une vie "normale" après tant d'horreur? Après avoir fracassé des enfants contre "l'arbre d'extermination"? Chacun de nous serait-il capable d'atrocités pareilles? Judee pense que le recueillement de chaque visiteur est un questionnement personnel sur le monstre potentiel en chacun de nous: "qu'aurais-je fait?" On ne regarde pas les autres visiteurs dans les yeux... Et on en revient toujours à ce triste postulat: l'homme est intrinsèquement mauvais. Pour un optimiste, c'est dur à admettre, mais le monde est submergé par la violence. Alors on n'y pense pas, on rêve, on s'évade, on tente d'y remédier de manière superficielle. Car comment changer la nature mauvaise de l'homme? C'est bien malheureux...
22 octobre 2006
Direction Phnom Penh
Le lac Tonlé Sap est immense. Je l'ai déjà écrit, je sais, mais je n'avais pas précisé. Immense au point de se croire sur une mer. Tiens au fait, c'est quoi la différence entre une mer et un lac? Il existe des mers d'eau douce et des lacs salés (le lac rose, au Sénégal), et certains lacs sont plus grands que certaines mers... Bref. Immense au point de mettre sept heures en bateau rapide pour rejoindre Phnom Penh.
Sur le chemin, des villages flottants s'organisent au milieu de forêts immergées: des paillotes sur pilotis émergent aux côtés de palmiers et d'une végétation qui prend ses racines au fond du lac. Villages de pêcheurs, forcément, au milieu d'un lac. Parfois, un village plus "moderne", avec un banc de sable pour soutenir quelques bâtiments. Ou une mosquée flottante (on est en pays Cham). Et sur beaucoup de toits, une forêt d'antennes hertziennes: même au milieu du lac, la télé envahit les ménages...
Le Musée National des Beaux Arts de Phnom Phen, construit par les Français, réunit principalement des oeuvres angkoriennes. Intéressant, mais les temples sont nettement plus impressionnants, évidemment.
Promenade sur la "Croisette" de Phnom Penh (PP), très animée le dimanche soir... l'urbanisme de la ville est d'inspiration française, et ça se voit. Puis un film sur Pol Pot nous donne une petite leçon d'histoire contemporaine cambodgienne, parce qu'il y a trente ans, le Cambodge, c'était pas la joie (j'en parlerai plus très vite)...
Le plus bel hôtel de Phnom Penh s'appelle le Raffles Royal. Décidément, ça devient une manie, je veux voir tous les plus beaux hôtels des villes que je visite. Historiques, j'entends. Cocktail à l'Elephant Bar, piano bar et ambiance feutrée. Le "Femme fatale" a été créé en hommage à Jackie Kennedy qui descendait ici et pour qui le prince Siahnouk en personne jouait du piano... L'hôtel date des années 1930, du temps du protectorat français donc (et à cet égard, je dois dire qu'en tant que Français, on n'en connait vraiment pas beaucoup sur l'histoire de l'Asie du Sud-Est, malgré une présence forte en Indochine pendant plus d'un siècle... l'Education nationale?).








