Premier Pessah’ loin des miens et de mes traditions. De Rio, il est plus aisé de revenir à Paris que de Sydney. Soit. Pendant que ma famille se réunit dans la chaleur de Marrakech, pour moi ce sera Sydney.
La communauté juive de Sydney compte environ 45000 membres, et 40 synagogues. Des chiffres qui la rapprochent de Lyon.  Ces Juifs sont majoritairement ashkénazes, arrivés d’Europe lors des grandes vagues d’émigration de la fin du XIXème siècle, fuyant le nazisme à ses débuts, ou venus après la Shoah tout reconstruire dans un pays neuf. Allemands, Russes, Polonais constituent la majorité de la communauté. Mais il y a également des sépharades : Irakiens (marchands, qui sur le chemin se sont installés en Birmanie, à Singapour…), perses, quelques Marocains échoués là un peu par hasard…  Des Israéliens en pagaille, de toutes origines, backpackers ou ayant succombé au charme de Bondi. La communauté la plus récemment établie est celle des Juifs Sud-Africains, installés au Nord de Sydney principalement, et qui originellement proviennent de Lituanie. Pourquoi les Juifs lituaniens ont-ils émigré en masse vers l’Afrique du Sud à la fin du XIXème siècle ? Pas encore étudié la question, mais ça a dû leur faire un sacré changement ! Bref. Tout ça pour dire que la communauté juive de Sydney est plutôt hétéroclite. Et accueillante.

Mais revenons à nos moutons. Pessah’. La sortie d’Egypte, la matsah, tout ça, tout ça. L’Egypte est loin, et pas seulement géographiquement : ça fait plus de 2500 ans que les Juifs se retrouvent autour d’une table en famille chaque année pour commémorer la fin de l’esclavage de leurs ancêtres, les miracles et les plaies. 2500 ans qu’ils chantent les mêmes prières, et racontent la même histoire, avec la même symbolique. Il y a de quoi fonder une identité… (pour les néophytes, la page wikipédia sur Pessah’ est assez complète)

P1180120En revanche, au niveau des traditions culinaires, les divergences sont prononcées. C’est là que le bât blesse chez nos amis australiens (et je ne vais pas me faire que des amis) : étant en majorité ashkénazes, leur Pessah’ signifie « matsah balls » et « gefilte fisch ». La matsah, c’est le pain azyme, non levé. Les matsah balls, c’est une soupe, ou plutôt un bouillon de poulet avec une ou deux boules faites à base de matsah brisée posées au milieu. P1180119Quand au gefilte fisch, c’est un poisson froid cuisiné en sorte de quenelle. Hum…. Pas si affreux que ça, finalement, malgré toutes les appréhensions dues à des années de clichés assimilant ce plat typique à l’horreur culinaire. Ce mot est même presque devenu une insulte au bon goût pour certains Sépharades. En fait, je n’ai rien contre la cuisine ashkénaze, c’est juste que quand on est habitué à la générosité des épices marocaines, tout ça paraît bien fade. Et souffre la comparaison, il faut bien l’avouer… Par rapport à la soupe de fèves, à l’agneau aux truffes, aux croquettes de pommes de terre…