16 novembre 2006
Mystère et Bush de gomme
"Due to an event, the elevators 2 & 4 will have a restricted access."
"Due to the visit of a VVIP, the main doors will be closed on the 16th of November."
Mais quel est cet évènement? Mais qui est donc cette very very important person qui vient visiter la National Library aujourd'hui, et à cause de qui il faut attendre les ascenseurs pendant 10 minutes? Tout le rez-de-chaussée est bloqué par des barrières et des policiers en tenue. Dans les ascenseurs, des gorilles avec des oreillettes (on se croirait dans "24h"). Et depuis trois jours, des hordes de petits Singapouriens en uniforme bleu et blanc font des va-et-vient incessants aux différents étages de la bibliothèque, en rang deux par deux, et bien surveillés par leurs maîtresses.
Le mystère vient d'être levé. Mrs Laura Bush vient ici. Eh oui, pendant que son mari rencontre le Président singapourien et obtient de juteux contrats pour ses copains, Madame Bush doit bien s'occuper. Alors elle vient faire la lecture aux petits enfants sages. Ou voir comment ils se débrouillent en lecture. Elle prend sûrement exemple sur son mari, qui s'était si bien illustré à la tâche...
First Lady, Première Dame... La reine des hypocrites? Ah, les apparences... Tiens, au fait, si Ségo passe, alors François Hollande sera le Premier Monsieur?:-) ou quelqu'un connaît-il le titre approprié de l'éventuel futur remplaçant de Bernadette aux pièces jaunes?
14 novembre 2006
Cultivons-nous à Singapour!
Le gouvernement singapourien a bien raison de prendre les choses en main: le peuple ne se cultive plus assez! Trop de télé, et pas assez de lecture, il faut se reprendre. Alors après avoir construit une splendide bibliothèque, la National Library (la BNF locale, qui n'a rien à envier à la bibli François Mitterrand et où se trouvent les locaux de mon école), après avoir installé des 24 hour bookdrops partout dans la ville (bien pratique pour rendre ses bouquins à la dernière minute), le National Library Board innove en créant des distributeurs automatiques de livres. Le concept est simple: vous êtes dans le métro, et vous n'avez rien à boire? Vous allez vers le distributeur de boissons (enfin, pas ici, puisque c'est 500 $ d'amende, mais bon, à Paris, y'en a, des distributeurs:-). Bon, ben là, c'est pareil avec des livres: vous êtes dans le métro, et vous n'avez rien à lire? Vous allez vers le distributeur de livres! Vous insérez votre carte de bibli, vous choisissez, et le livre est à vous pour quelques semaines! Et au moment de le rendre, il suffit de le balancer dans un des nombreux bookdrops éparpillés dans la ville... Et si vous êtes en retard, il y a même de petits e-kiosks pour payer sa pénalité... C'est pas magnifique la technologie? Si au moins ça peut faire lire les gens un peu plus...
13 novembre 2006
Retour à Singapour (technological madness?)...
Voilà, les grands voyages, c'est fini pour quelques semaines... Maintenant, retour à Singap, histoire de profiter de mes derniers jours d'Asie. Mon dernier mois ici. Avant assez longtemps, probablement. Au moins huit mois en tout cas...
Dans l'avion qui nous ramène de Rangoon à Singapour, deux journaux sont distribués: le Myanmar Times, organe de propagande officiel de la charmante dictature (tous les journaux censurés sont officiels, après tout), dans lequel, il faut le signaler, on peut apprendre les derniers potins relatifs aux stars américaines en même temps que les repas servis au Général lors de sa visite officielle en Chine; et le
Straits Times, LE quotidien singapourien (remarquez, il est censuré, lui aussi...). Mais il est légèrement plus épais (genre cinq fois plus), et plus au faîte de l'actualité internationale... et singapourienne, logiquement...
Alors voilà la une: c'est un Singapourien qui a battu le record du monde de tapage de SMS:
"A SINGAPOREAN student has set a new world record for writing an SMS message in a time of 41.52 seconds, beating the previous mark of 42.22 seconds set in July by an American, organisers said yesterday."
Voilà ce qu'il devait écrire: “The razor-toothed piranhas of the genera Serrasalmus and Pygocentrus are the most ferocious freshwater fish in the world. In reality, they seldom attack a human.”
Bon, au moins je vois qu'on ne s'est pas ennuyé pendant mon absence... Et puis, en ouvrant ma boîte mail (ça fait bizarre dix jours sans Internet: une sorte de liberté forcée, mais qui doit être compensée lors du retour à la réalité connectée par de trop longs moments sur l'ordi, puisque le monde continue de bouger, lui, quand tout est arrêté au Myanmar), en ouvrant ma boîte mail, donc, j'ai pu lire une autre info toute singapourienne:
“A Singapore teenager has been charged with tapping into someone else’s wireless Internet connection, a crime that carries a penalty of up to three years in jail". 17 ans, il se connecte sur le Wi-Fi du voisin, qui porte plainte, et voilà, maintenant un procès... Libre après avoir payé 3000 euros de caution (quand même), ça fait réfléchir à deux fois avant de se connecter sauvagement sur les "réseaux sans fil disponibles", pas vrai?
Ils sont fous, ils sont fous...
Welcome back to Singapore!
02 novembre 2006
Aujourd'hui c'est Noël!!!
Les sapins et décorations de Noël sont en cours d'installation partout dans Singap depuis déjà bien une semaine, et celui de Raffles City, un joli sapin aux feuillage de plastique vert fluo a été mis en place aujourd'hui... C'est bien triste, ce côté de l'"internationalisation culturelle", Noël je veux bien, c'est religieux, mais les sapins, franchement, à Singapour... J'attends avec impatience la neige artificielle (une sorte de poudre blanche qui recouvre paraît-il de nombreux endroits pendant "les fêtes de fin d'année")... Pfff...
En tout cas aujourd'hui c'était un peu Noël parce que j'ai découvert que des chewing gums sont en vente à Singapour!!! En pharmacie certes, mais apparemment sans vraiment d'ordonnance (la pharmacienne avait l'air étonnée de mon extase devant ses paquets de chewing gums, non pas que je sois complètement gum-addicted, mais c'est embêtant de devoir toujours faire de la contrebande depuis les pays environnants)...
Et une chinoise à la maison, c'est Noël aussi? Euh... la mère de mon coloc chinois est arrivée hier, pour une durée indeterminée... ce qui fait des "bons" petits plats ! (et là les guillemets sont plus que d'importance: voilà, en fait, les nouilles et les légumes bouillis le matin Jay, c'est très gentil de m'en proposer, mais je m'en sortirai avec mes céréales...)
Une présentation-improvisation, des vols intérieurs pour la Birmanie, une prof de mandarin qui chante, un cours de capoeira trop débutant, une journée pleine, une journée sereine...
Musique : Ani Di Franco et son Origami ont rythmé ma journée, alors citons-la, elle le mérite bien...
26 octobre 2006
La putain...
"Nous habitions en face d'elle
Dans le quartier Saint-Louis
Elle habitait, je me rappelle,
Aux environs de minuit..."
Cette chanson, comme toutes celles de Reggiani, me rappelle mon enfance. Les cassettes qu'on écoutait en boucle dans la voiture de mes parents. Et là, en voyant une "fleur de pavée" (j'aime la poésie de cette expression!:-) faire le pied de grue pile en face de ma fenêtre, automatiquement les paroles ma viennent en tête. "La P... points de suspension..."
Le quartier dans lequel j'habite à Singapour s'appelle Geylang. Et Geylang, c'est un peu le Pigalle local. Ce qui fait qu'à chaque fois que je prends un taxi pour rentrer chez moi le soir (et globalement je ne prends des taxis que le soir), le chauffeur me regarde dans son rétroviseur avec un petit sourire complice, voire un clin d'oeil, quand je lui annonce ma destination. Le truc, c'est que je ne vois pratiquement jamais de "travailleuses du sexe" dans ma rue, elles seraient deux rues plus loin apparemment. Certes, le petit hôtel qui se situe juste en face de ma fenêtre connaît un va-et-vient permanent tout au long de la journée, qui ne laisse pas de doutes quant à la nature des activités qui s'y déroulent, et les négociations avec les clients sont parfois âpres sur le pas de l'hôtel (cf photo), mais bon... Aujourd'hui, j'ai vu "ma première" ... Dans ma rue et depuis ma fenêtre... D'où la chanson... Merci M. Reggiani!
"Posée comme une contrebasse
Dans les bras d'un artiste
Elle avait l'air de faire des passes
Dans une chanson réaliste..."
25 octobre 2006
Haze and rain and Japanese Film Festival
Le problème de ces feux de forêts qui n'en finissent pas sur Sumatra, c'est que le ciel n'a plus été bleu à Singapour depuis plusieurs semaines, ce qui est plutôt déprimant. Ne pas voir le bleu du ciel a un fort pouvoir sur le moral, ne dit-on pas d'ailleurs avec raison que le soleil rend les gens plus heureux? Alors là, avec cette fumée qui voile le ciel en plus de polluer l'atmosphère, le ciel est gris, gris et regris. Ce qui a également l'inconvénient de ne pas laisser prévoir la pluie (puisque forcément, à travers la fumée on ne voit pas les nuages).
Or à Singapour, les averses sont violentes. Donc sans parapluie...
Alors quand il pleut, on va en cours (oui je sais, on y va tout le temps normalement:-). Et après, on va au ciné. Hier soir, Japanese Film Festival, dans le magnifique National Museum of Singapore. Après le French Film Festival il y a deux semaines, le European Union Film Festival la semaine dernière et avant le German Film Festival dans une semaine, on est en plein dans le festival du film japonais, qui a pour thème l'amitié (pour fêter les 40 ans de l'amitié singapouro-japonaise). Franchement, rien à redire sur la vie culturelle cinématographique à Singap.
Hier soir donc, "Free and Easy Special Version", (en japonais Tsuri-Baka Nisshi special), un film...spécial on va dire! Sur un patron et son employé, fans de pêche, et le patron a une liaison avec la femme de son employé... bref, du comique de situation à la japonaise, ce qui fait beaucoup rire les Singapouriens en tout cas. Moi moins... mais la fatigue y est peut-être aussi pour quelque chose: allez, au dodo!!!
19 octobre 2006
Petits riens du quotidien singapourien
Quelques photos, et courts commentaires, de wanabee posts qui n'ont jamais vu le jour, faute de temps ou de choses à dire:-) Photos prises au détour des rues, de promenades, de ma vie singapourienne...
De l'utilité de toujours avoir un appareil photo sur soi!
En plus du chocolate buffet, le Fullerton propose tous les jours un afternoon tea, au cheesecake tout simplement fabuleux...
Hey les Singapouriens, parlez mieux anglais s'il vous plaît, c'est vos bus qui vous le demandent!!! "Speak up, speak out, speak well, speak good English". Ben oui, ne marmonnez plus, parce que bon, nous les Caucasians, on a parfois du mal à vous comprendre;-)
La brosse à dents rustique de chez Mustafa, une tige à mâcher, et hop, ça vous nettoie tout!
Vive les mariés!!! (ou "vivent les mariés"? je sais jamais!!!) C'est pas mignon, ça, Mickey et Minnie qui s'aiment sur la Range Rover?
M. Swinger squatte le magasin Agnès B. de Raffles City pendant le mois d'octobre... Il s'est incrusté partout dans la boutique!
iGallop, ou comment muscler toutes ces parties de votre corps que vous n'utilisez jamais à moins que vous ne fassiez de l'équitation... C'est marrant à essayer, mais je pense que c'est vraiment le genre de machines qu'on achète à l'impulsion et qu'on utilise trois fois avant de la laisser moisir dans un coin...
Des chaussures pour votre chien, parce quand il pleut, il ne faudrait pas que M. Toutou se mouille les pattes... Alalalala, il n'y a qu'en Asie qu'on peut trouver ça! Remarquez, les habits pour chien d'American Apparel se vendent comme des petits pains... Il y a des choses comme ça qui resteront toujours incompréhensibles pour moi...
"Love us, not eat us" dit cet autocollant sur un taxi...
J'en ai encore quelques autres, pour un prochain post, ça s'accumule de jour en jour de toute façon, c''est marrant toutes ces petites choses qu'on remarque au quotidien...
Musique: Zero 7, You're my flame
18 octobre 2006
Les balayeurs sont plein d'balais
Mine de rien, les Français de l'étranger aiment bien rester entre eux. L'esprit communautaire, qui fait tant de ravages dans les colonnes des journaux français, semble être la règle chez nos expatriés.
Ce soir, c'était café littéraire à l'Alliance française de Singapour. Pas un vrai café littéraire, mais un spécial pour les Singapouriens qui étudient le français. Le thème était la ville. Chaque participant avait un recueil de textes (poèmes, paroles de chansons, extraits de romans) à étudier, et on devait ensuite tous répondre en groupe à des questions sur les textes. Un cours de français amélioré en somme. Les groupes les plus avancés parlaient des romans d'Amélie Nothomb que leur prof de français leur avait fait lire. Ce qui m'a fait penser que je n'ai jamais eu de prof d'anglais qui m'ait fait lire Zadie Smith ou Armistead Maupin par exemple... Le café littéraire, que j'avais vu annoncé dans le magazine de l'Alliance française, était en fait un évènement annuel. Un concours de poésie sur la ville était organisé pour l'occasion...
Les bateaux s'agitent,
La baie s'illumine.
Tour à tour
Les tours se parent
(De couleurs)
Et se parlent.
Marcher de nuit, marchés de nuit,
Hong Kong bourdonne, vit, est belle.
Choisi Hong-Kong, et pas Singap.
Et puis on a chanté les chansons françaises dont les paroles étaient données. Les Champs-Elysées. Monopolis. Le blues du businessman. Paris, d'Edith Piaf. (Mais pas le magique "Paris" de Camille.) Il est cinq heures, Paris s'éveille... Paris me manque!
L'Alliance française participe de manière très active à la vie culturelle singapourienne. French Film festival, puis ce café littéraire. Des films français toutes les semaines. Et une médiathèque ultra-fournie: livres, magazines, BD, CD, DVD... La culture française. On en est si fiers. On a raison. Je me rappelle avoir découvert Truffaut lors d'une rétrospective organisée par l'Alliance française de Hong-Kong, Rodin lors d'une exposition à Vancouver... Le rayonnement culturel, heureusement qu'il reste (au moins un peu) ça à la France.
Après ce "café littéraire", pendaison de crémaillère chez des expats. Que des Français, histoire de confirmer qu'on ne se mélange pas trop, à l'étranger...
17 octobre 2006
Back to normal life
Le vol SQ334 pour Paris est parti ce soir, avec 3 heures de retard. Avec lui Maman et Ruth. Déjà donné mon point de vue sur les aéroports il y a quelques temps, mais je persiste: ce sont vraiment des lieux étranges (sur la photo, celui d'Hanoi où un vieux Vietnamien qui m'a vu prendre la photo a insisté pour que je le prenne, lui aussi). Changi, l'aéroport de Singap, est un peu devenu ma deuxième maison comme dirait Alexis: j'y suis au moins une fois par semaine...
Une semaine, c'était intense mais bien. Donc a priori, pas de raison d'avoir une boule dans la gorge au moment de dire au revoir. Et pourtant... Ipod à la main, "Evening Sun" des Strokes n'arrange pas les choses. Reprendre le MRT, seul, le soir, livre sous les yeux et musique dans les oreilles. Back to normal life...
Et puis, des sourires. Une vieille chinoise s'asseoit à côté de moi. Elle me scrute du regard, je fais mine de ne pas remarquer, je lis en écoutant, j'écoute en lisant. Elle me fixe, apparemment ébahie par mes cheveux. Les Singapouriens assis en face regardent. Elle ose, elle touche. Je souris, un peu surpris. Elle continue à me dévisager, et les gens autour rigolent tout en étant un peu gênés pour moi. Honte de la vieille? Elle voulait savoir si c'était des vrais, elle a touché. Au moins, son doute est effacé. "Yes, they're natural, original". Comment leur expliquer?;-) Mais j'aime bien, ils sont marrants les vieux ici. Maintenant j'ai le sourire: merci les Strokes, merci madame la Chinoise, et merci mes cheveux...
12 octobre 2006
Les peurs du cinéma singapourien
Cinq ou six films par an, ce n’est pas beaucoup mais ça suffit pour
parler d’un cinéma singapourien. Cet article, intéressant et original,
déniché par l’intermédiaire de S. (merci !), traite des peurs dans les
films singapouriens, et plus largement dans la société locale. Peur des
fantômes d’abord (j’avais parlé ici du Hungry Ghosts festival il y a
quelques temps), superstitions locales, et peur de l’échec, surtout.
Peur de perdre la face, peur de perdre tout court, peur de ne pas être
assez conformiste. La réussite est avant tout matérielle, à Singapour.
Peur de rater sa vie. Mais c’est quoi, rater sa vie ? Bonne question…
Depuis une dizaine de jours, je feuillette un ouvrage de Luc Ferry
intitulé « Qu’est-ce qu’une vie réussie ? ». Beaucoup de questions, peu
de réponses, c’est évident, c’est de la « philo » après tout. Une
réflexion, tout du moins.
Quel
chemin prendre, quels rails suivre ? Y a-t-il des rails à suivre ?
Camille de Peretti, une jeune auteure qui a écrit sur
l’anorexie-boulimie et que j’avais interviewée avec O., nous avait
parlé de la vie comme d’un voyage en train : il y a ceux qui suivent
des rails déjà posés, et puis il y a ceux qui posent eux-mêmes leurs
rails. Ca leur prend plus de temps, et c’est souvent difficile, mais
ils vont où ils veulent. Se chercher, c’est nécessaire, mais ça
peut-être douloureux ; et c’est long… Bref. Revenons à Singapour.
L’article, c’est par là, c’est en français, et ça donne très envie de
découvrir un peu plus le cinéma singapourien. Et ça fait réfléchir, au
moins un peu…









