06 juillet 2007
L’eau dans tous ses états
Les chutes d’Iguazú sont réputées pour être parmi les plus belles du monde. Et force est de constater que la réputation a une raison d’être: un rideau de cascades puissantes et imperturbables s’étend à cet endroit de la triple frontière Brésil-Argentine-Paraguay. Le Paraguay, malheureux vaincu de la dernière guerre de la région (dans les années 1930), a perdu tout accès aux chutes et aux revenus lucratifs engendrés par les milliers de touristes. L’endroit a beau être touristique, il n’en est pas moins préservé, et en se levant tôt il est possible d’avoir la sérénité du paysage pour soi-seul. Contrairement à leurs cousines du Niagara, les chutes d’Iguazu ne ressemblent pas à Las Vegas, bien heureusement. Il faut se promener sur des sentiers balisés pour les admirer depuis des points de vue variés: en face, derrière, au-dessus, en dessous...
Du côté brésilien, on les voit de plus loin. Du côté argentin, on est dedans (littéralement: on peut prendre un bateau pour se plonger en-dessous; évidemment on en ressort trempé, mais tout sourire – d’ailleurs pourquoi ca fait tant rire de “choisir” de prendre une douche tout habillé, alors qu’on peste contre la pluie lorsque c’est elle qui nous mouille?). La Gaganta del diablo, la Gorge du diable, reste la plus impressionnante: en forme de fer à cheval, des millions de mètres cubes d’eau se précipitent dans un vacarme assourdissant – et le plus fou, c’est que ca ne s’arrête jamais, hein Ben?
Et pour se remettre de toutes ces émotions, rien ne vaut un dîner de surubi grillé (un poisson local) en discutant underwater hockey (si si, c’est un sport) avec une instit’ écossaise membre de la sélection britannique...
09 juin 2007
Vendredi matin, l’empereur, sa femme et le petit prince…
Aujourd’hui je suis allé à Pétropolis pour rendre visite à des amis chez eux.
Santos-Dumont est un des quelques héros nationaux que compte le Brésil. « Père de l’aviation », il fut l’un des premiers à réaliser un vol dans l’une des machines qu’il avait lui-même conçue, à Bagatelle, au début du XXème siècle. Getulio Vargas, dictateur brésilien des années 30 et 40, à la recherche d’éléments d’identité nationale, avait accueilli Stefan Zweig dans l’espoir vain de le voir écrire une biographie de l’excentrique inventeur. Sa maison, d’inspiration suisse, est construite tout en hauteur et dans l’objectif d’optimiser l’espace : ainsi, chez Santos-Dumont, les escaliers ne comptent que des demi-marches, on ne choisit pas quel pied on pose en premier.
Après avoir proclamé l’indépendance du Brésil en 1821, Pedro Ier s’est autoproclamé empereur de la nation naissante. Et afin de fuir la chaleur estivale de la capitale (Rio), s’est fait construire un palais dans les hauteurs, créant ainsi la ville impériale, modestement nommée Pétropolis. Son palais, aujourd’hui musée (le Versailles local, en somme), se visite avec des patins. Pour ne pas abîmer les parquets (et les cirer en même temps ?).
Enfin, la véritable raison de ma venue à Pétropolis était de découvrir la ville qui a accueilli Stefan Zweig dans ses derniers jours. Dans l’impossibilité de me rendre chez lui (la maison dans laquelle il a passé ses dernières heures appartient à un particulier, qui a cependant décidé d’en faire un musée, comme l’indique une pancarte qui précise que « bientôt » on pourra visiter la maison Stefan Zweig… mais depuis mon arrivée au Brésil j’ai appris à me méfier des « bientôt » locaux, qui signifient en général plusieurs années),
j’ai donc décidé de lui rendre hommage dans sa dernière demeure. Contre l’avis des autorités rabbiniques cariocas, qui exigeaient sa dépouille dans un cimetière juif de Rio, l’écrivain autrichien a été enterré dans le cimetière de Pétropolis, la ville où il s’est donné la mort en compagnie de son amie d’alors. Fou de se dire que son écrivain fétiche repose là, qu’il a passé ses derniers moments par ici… que c’est là qu’il a connu ses désillusions brésiliennes et qu’il n’a plus supporté le monde dans lequel il vivait… et que maintenant il ne reste de lui que des écrits immortels…
13 mai 2007
Descente dans la mine...
Dans la mine
Vidéo envoyée par ptimarco
Mariana
fut la première ville du Minas Gerais. Mais à part cette spécificité,
sa voisine Ouro Preto n’a rien à lui envier. A Mariana, la vie est
encore plus tranquille. Les enfants jouent devant les églises qui
peinent à se remplir, bien qu’aujourd’hui soit le jour du Seigneur.
Mais à quelques kilomètres de là, on peut visiter la plus ancienne mine d’or de la région. Plus en activité depuis 1985, la mine a néanmoins conservé des kilomètres de galeries, auxquelles on accède par un wagon en bois digne de l’imaginaire du Far West. Les nappes phréatiques forment des lacs souterrains, et l’exploration anarchique de la ruée vers l’or a fragilisé fortement la mine, qui conserve 35 tonnes de métal précieux pour l’instant non exploitables, mais qui feront sans doute un jour la fortune des descendants des propriétaires actuels…
12 mai 2007
Au pays de l’or noir
Et un, et deux, et… ouch ! Eli sautille sur les marches, mais elle n’a pas vu qu’au-dessus de la dernière, l’encadrement de la porte est bien bas (et en pierre). Assise à l’entrée du bar, par terre et sur fond de sambinha, elle se frotte la tête et laisse couler quelques larmes, tout en repensant à sa première journée dans le Minas.
A Ouro Preto (« or noir », donc, rapport à la couleur de l’or trouvé ici à la fin du XVIIIème siècle), comme dans toutes les villes coloniales brésiliennes, apparemment, les rues sont pavées et en pente, et les maisons, aux sols faits de très larges planches de bois foncé, ont leurs façades colorées. Les églises baroques, ce n’est pas ce qui manque ici, vestiges de la splendeur passée, de l’Eldorado un temps réalité au cœur de ces montagnes. Les saints sont partout, kitsch mais aimés. Et les touristes font vivre cette petite bourgade coloniale, préservée car patrimoine mondial. On est dans le pays du pão de queijo.
Ouro Preto, on en fait le tour rapidement, mais on ne se lasse pas de la lumière du début ou de la fin du jour sur les collines et les églises. Alors après une journée de découverte, on arrête de pleurer, et on va dormir, épuisé… ;-)
19 avril 2007
Une île à part, rien à voir et tout à découvrir
Cotijuba n’est pas dans les guides. Cette petite île à une heure de bateau de la banlieue de Belem abritait un bagne. Aujourd’hui c’est un endroit tranquille qui vit de sa pêche et de ses plages. A quoi servent les panneaux de signalisation ? Il n’y a pas de voiture et les routes sont de terre. On se déplace en calèche, chaque famille a son cheva qui broute dans le jardin. Le bus scolaire est un tracteur. Il faut le vouloir, pour venir ici. Les maisons sont sur pilotis, les gens sont adorables. La forêt est présente, partout. Des hauts parleurs disséminés sur l’île grésillent des tubes locaux et You are the sunshine of my life. Puis l’orage éclate et l’électricité s’arrête. Hors du temps…
18 avril 2007
L’île aux perroquets
Quatre heures du matin. Même deux degrés au-dessous de l’équateur, le soleil n’est pas levé. Le bateau avance sur le fleuve, dans le noir. Quelques barques de pêcheurs, qu’on distingue à peine. Le bateau s’arrête devant une masse noire : une île. Les contours sont flous, il fait trop nuit.
Et puis un cri déchire le silence. Suivi d’un second, puis de milliers. Des perroquets. Des milliers de perroquets qui toutes les nuits viennent dormir et se reproduire sur cette petite île. Au lever du soleil, ils repartent aux quatre coins de la région. En couple pour la plupart, en famille pour certains. Il paraît que les perroquets sont fidèles.
Au début, on les entend seulement. Au fur et à mesure que le ciel s’illumine, on les distingue, de mieux en mieux. Et quand le soleil apparaît, il fait éclater les couleurs de la nuée assourdissante…
Sur l’île vit simplement une minuscule communauté indienne, dans des maisons sur pilotis, qui récolte les baies d’açaí.
17 avril 2007
Belem, aux portes de l’Amazonie
Douze heures de car de São Luis à Belem. De nuit, on pourrait penser que ça passe vite. Mais quand on ne peut pas vraiment s’allonger et que l’on se trouve à côté d’un bébé qui couine toute la nuit et dont la mère, au lieu de le calmer, trouve cela très amusant, c’est une expérience que je ne recommande à personne (ou alors à mes pires ennemis… en ai-je d’ailleurs ? euh, ma coloc ?;-) Mais l’important est d’arriver, n’est-il pas ?
Belem vit. Le marché Ver-o-Peso en témoigne, de l’agitation, de la couleur, du bruit, de la variété. Des poissons noirs du fleuve aux étals dont pas un des fruits n’est connu, des vendeurs d’açaí au litre à ceux de potions magiques de toutes les couleurs et de toute sorte. La population est métissée, indienne. Les bateaux de pêche stationnent au bout du marché ; devant eux les vautours noirs se disputent les restes des ventes du matin. A la feira do açaí, ce sont les marchands qui se disputent pour figurer sur nos photos…
Dans le prolongement, la vieille ville : comme partout au Brésil, des façades non rénovées depuis des siècles, des églises fastueuses, des bâtiments aux couleurs pastel. La Maison aux onze fenêtres offre un aperçu de l’art contemporain et de la photographie régionaux. Partout autour, le fleuve : à perte de vue, marron. Au bord, l’Estação das Docas est un complexe de trois hangars désaffectés réhabilités en lieu branché : bars, restos, boutiques (et ça marche).
A Belem, la forêt amazonienne n’est pas loin. Et on en trouve des bouts dans la ville, comme le Parc Rodrigues Alves où l’on peut observer singes, toucans, lamentins et autres animaux typiques de la forêt au milieu d’une végétation forcément luxuriante. Des allées ont été aménagées afin de permettre des balades romantiques. Sauf que quand une mygale apparaît au milieu du chemin, du romantisme il ne reste plus grand chose…
16 avril 2007
Alcântara ou la magie des vieilles pierres
Sous ce nom d’origine arabe se cache un carrefour. Embouchure de fleuve, haut lieu de passage et de commerce dès le XVIème siècle, cette ville en face de São Luis, sur le continent (à une heure de bateau de l’île), a été riche et florissante. En témoignent les si nombreuses maisons en ruines, parfois couvertes d’azulejos, qui appartenaient toutes à des barons.
Car la prospérité de la ville, ancienne capitale de la région nord du Brésil, s’est faite sur le dos des esclaves. Ils avaient bon dos, les esclaves, pour le sucre, le bois et le coton. Et dès qu’ils ont obtenu l’abolition en 1888, Alcântara a sombré dans un déclin salvateur qui lui a conféré son charme d’aujourd’hui : vieilles pierres moussues, rues pavées recouvertes d’herbe, façades abandonnées, ânes errants, vieux accroupis sur les seuils et enfants dans la rue…
Le village est en hauteur, la mer est partout, et la végétation du Maranhão avance sur la plage. A marée basse, le sable est recouvert de milliers de petits crabes qui s’agitent et donnent sa couleur au guára, l’oiseau qui fait la fierté du lieu. Il faut dire que l’ibis rouge dénote dans le paysage marin : sa teinte fluo, acquises à force de manger les fameux petits crabes, le rend facilement repérable et d’autant plus impressionnant… (Regardez bien sur la photo!)
15 avril 2007
Bleu et blanc : le ciel, les dunes, les lacs
Epoustouflant. Le souffle coupé par la beauté des lieux, par ce genre de cadeaux de la nature : les lacs de Rocheuses canadiennes m’avaient donné la même impression d’immensité parfaite et pure, la nature vierge et fantastique intouchée et intouchable.
Tout commence à cinq heures du matin. De São Luis à Barreirinhas, il faut compter quatre heures de route. Puis une petite heure de 4x4 depuis Barreirinhas. Les Lençois maranhenses, ça se mérite. Une des « sept merveilles du Brésil », ils ne se laissent pas approcher facilement. Les 4x4 : des Toyotas rompus à tous les terrains, sable, boue, rivières et on ne s’embourbe pas, ils n’ont pas fait l’Afghanistan pour rien (tous les pays en guerre raffolent de la rusticité de ces engins). Et après un voyage chaotique, remuant et un peu mouillé, les voilà qui apparaissent…
« Lençois » en portugais, ça veut dire « draps ». Parce que des dunes de sable blanc à l’infini, ça ressemblerait à des draps. Toujours est-il que la spécialité locale, la merveille naturelle, ce sont les entrelacs de dunes et de lacs d’eau de pluie aux teintes vertes, bleutées ou transparentes. Dans le Maranhão, entre mars et juin, il pleut dans le désert.
De petits bassins d’eau douce se forment entre les dunes et créent un paysage surnaturel. Le ciel ajoute son grain de sel, tantôt sombre et menaçant, tantôt bleu et éclatant, les nuages blancs se bousculant pour laisser le soleil réfléchir ses rayons sur le sable d’une blancheur hors norme. Un vrai spectacle. Et les enfants rieurs jouent sur les dunes, et les touristes rêveurs nagent dans les lagunes…
14 avril 2007
Deux saints : Luis et José de Ribamar
São Luis
Arrivée chaotique, deux escales et deux retards, cinq heures de sommeil hâché, j’arrive à 11h35 au lieu de 1h50, ça commence à faire beaucoup, surtout pour la fatigue.
Mais les retrouvailles avec S, F et JP valaient la peine. São Luis est une ville coloniale endormie, son centre tout du moins, un petit air de Salvador, les immeubles sont magnifiques, d’époque, mais beaucoup sont à l’abandon, avec leurs façades végétales (la nature finit toujours par reprendre ses droits). Rues pavées, escaliers, pas grand monde dans les rues une fois le marché terminé. Du charme, on ne se fait pas classer patrimoine mondial de l’humanité pour rien, mais peu d’animation, et la nuit, les rues désertes sont éclairées aux lanternes…
São José de Ribamar, sur l’île de São Luis, est réputée pour ses plages, allez savoir pourquoi. Un petit village de pêcheurs, à l’église imposante et aux statues kitsch. Un rythme lent, très lent, de toute façon nous ne sommes pas pressés…








