03 décembre 2006
« Pourquoi tu te mets en mode Hannah Arendt quand tout le monde fait de l’escalade ? »
Je sais pas Judee, je sais pas…
Parfois j’ai juste envie de m’isoler, des écouteurs ou un livre étant le meilleur moyen de faire bande à part, même s’il est si facile de se perdre dans ses pensées au milieu d’un groupe pourtant vivant. Ici, mais ailleurs en même temps.
Et puis l’escalade des falaises malaises n’est pas ma tasse de thé, j’ai pu m’en rendre compte aisément, un stress lié à l’angoisse de ne pas trouver une prise m’envahissant à chaque fois qu’il faut gravir un nouveau centimètre. Problème de confiance en moi face à l’inconnu, certainement, mais je n’aime pas être mal à l’aise de la sorte.
Je ne dis pas que lire les prouesses d'Eichmann soit le meilleur moyen de me mettre de bonne humeur. Certainement pas. Et des phrases comme "Ainsi, le processus soudain et en partie mystérieux de la de cristallisation se substitue à la concaténation causale comme au regressus généalogique" ne sont probablement pas faites pour être comprises au milieu d'un brouhaha excité de premières escalades. Mais je me réfugie dans le livre, tout ce que j'ai sous la main, un besoin pour un moment...
Aujourd'hui c'était le marathon de Singapour. Depuis juillet les stations Raffles Place et Tanjong Pagar sont aux couleurs de l'évènement, on ne pouvait pas ne pas savoir. Je n'étais pas là, donc. De toute façon, il n'y avait plus de places depuis belle lurette, on pouvait s'inscrire jusqu'à fin octobre mais les 30 000 places ont été prises d'assaut et il n'y avait déjà plus rien début août. Dommage! Je n'ai fait ni celui de Paris, ni celui de New York, et d'ailleurs je vois pas comment je pourrais courir 42 kilomètres un jour, mais un marathon, ça reste un peu un rêve... Beno, à New York, en 2007?;-)
02 décembre 2006
La jungle est un état d’esprit.
Transe orang asli
Vidéo envoyée par ptimarco
On l’a, ou pas. Ca dépend des jours. Moyen pour moi, en ce moment…
L’eau est marron, les rivages sont luxuriants, et le ciel d’un bleu intense parsemé de nuages hauts. J’avais décrit ce paysage, le même exactement, lors de ma précédente aventure dans la jungle malaisienne (qui n’était pas loin d’ici d’ailleurs, cf tous mes posts de la fin septembre).
Le rafting n’en est pas : c’est plutôt une (très) longue balade en
bateau pneumatique, les rares rapides ne suffisant pas à inclure un
quelconque danger dans le voyage. Jouer à s’arroser avec les pagaies,
partir à l’abordage des autres équipages, ça va deux heures. Après, ça
devient lassant. Mais les paysages sont reposants, le ciel tellement
serein… La saison des pluies a oublié de venir aujourd’hui, elle nous a
laissé un moment de répit et offert une journée magnifique.
Cinquante kilomètres en deux jours, c’est long. Les enfants Orang-Asli nus sur les berges constituent une distraction : ce sont les seules traces de vies humaines que l’on rencontre sur la rivière.
Le groupe est large, donc hétéroclite. Il est toujours intéressant d’observer qui est « cool » et qui l’est moins. Ceux qui participent aux jeux et ceux qui regardent. Ceux qui organisent et ceux qui suivent. Ceux qui s’imposent et ceux qui n’osent pas. Nuit dehors, avec un toit, mais en extérieur, à même le sol en béton. Moins bien que la caverne, donc. Dans un « village » aborigène où l’école flambant neuve n’a rien à envier à nos écoles françaises « modernes ». Sauf peut-être l’électricité, qui n’arrive pas jusque là, en tout cas pas ce soir.
Danses tribales, transes traditionnelles. Aux sons de bambous frappés sur le sol, un rythme s’installe, une cadence prend forme, et les hommes, seuls les hommes commencent à tourner sur la piste. Les femmes et les enfants jouent du bambou et regardent. Une énorme araignée surgit sur la scène : une vraie, peut-être dix centimètres de diamètre. Certains prennent peur, quelqu’un l’écrase. Les enfants sont choqués : pourquoi tant de violence ? Ici, c’est la maison de l’araignée… C’est vrai, pourquoi nos peurs doivent-elles l’emporter sur les cultures locales ? L’araignée n’avait rien fait, elle était juste énorme, noire et jaune. De toute façon, maintenant, elle n’est plus.








